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Articles

Florida de Olivier Bourdeaut: les corps maudits

  😻😻😻 Roman - 256 pages Finitudes - 2021 Douloureux. C'est le premier mot qui me vient à l'esprit en refermant ce troisième roman de Olivier Bourdeaut. Si son En attendant Bojangles  nous emportait dans un tourbillon de fol émerveillement, ici c'est la douleur qui nous fait perdre la tête. L'histoire c'est celle de Elizabeth Vernn. Pour son septième anniversaire sa mère, plutôt que de lui préparer un gâteau au yaourt, décide de l'inscrire à un concours de mini miss...  Pas de chance pour Elizabeth, elle gagne et sa mère perd la boule.  S'ensuivent 5 années d'une spirale odieuse de maltraitances diverses qu'on souhaiterait pas à un animal. D'ailleurs, comme le dit Elizabeth, au contraire des salles des fêtes pourries des concours de "beauté", il y' a toujours des gens pour protester devant les cirques, de quoi envier les sort des otaries. Et puis un jour, Elizabeth décide de pisser (littéralement) sur ce bien triste spectacle. C...

Heurs et Malheurs du sous-majordome Minor de Patrick DeWitt : candeur et décadences.

  😻😻😻😻😻 Undermajordomo Minor Traduit de l'anglais (CANADA) par Emmanuelle et Philippe ARONSON Roman - 400 pages ACTES SUD  - 2017 BABEL - 2020 Après le formidable, que dis-je l'excellent "Les frères Sisters" (chez Actes Sud, déjà), le canadien Patrick DeWitt récidive avec ce petit bijou de fantaisie, une extravagance gothique comme on aimerait en lire plus souvent. L'histoire, on sait pas trop où elle se passe, mais ça ressemble pas mal aux Carpates quand même, si tu veux mon avis. Lucien, Lucy pour les intimes, Minor, c'est une peu l'idiot de son village. Il est gentil, mais tout le monde s'en fout, sa mère la première, alors que Lucy est promis à un avenir radieux, il le sait bien. D'ailleurs il s'est acheté une pipe, ça fait chic, mais tous ces ploucs ne savent pas l'apprécier. A leur décharge, faut dire que Lucy a une fâcheuse tendance à raconter n'importe quoi, un peu tout le temps... Bref, une nuit que Lucy passe à lutter con...

L'autre Rimbaud de David Le Bailly: rien de beau

  😻😻 Roman - 384 pages L'iconoclaste - 2020 Dans les quelques premières pages de son livre, David Le Bailly écrit: " Il faut se méfier des livres que les autres ont échoué à écrire " Dommage qu'il n'ait pas tiré les leçons de sa propre prophétie (surtout quand "les autres" sont des types comme Pierre Michon...) A un moment, il faut arrêter de se mentir: si personne, aucun biographe, n'a parlé de Frédéric Rimbaud, le frère oublié d'Arthur, c'est peut-être parce qu'il n'y a rien à en dire... En tous cas rien qui vaille 384 pages. Je m'attendais à un parcours, à une vie écrasée par l'ombre du frère, on parlait de "vie sacrifiée sur l'autel de la gloire d'Arthur"... mais en vérité il n'y a rien de tout ça. L'histoire de ce frère est d'un banal à pleurer: un père absent, une mère autoritaire, un fils prodigue (celui qui part loin), un autre mal aimé (celui qui reste), ajoutez à ça une mésalliance all...

Ici n'est plus ici de Tommy Orange: Orange is the new Peaux-Rouges

  😻😻😻😻😻 - Coup de cœur There There Traduit de l'anglais (USA) par Stéphane Roques Roman - 352 pages Albin Michel - 2019 Premier roman de l'américain Tommy Orange, originaire d'Oakland, where we lay our scene , Ici n'est plus ici a fait grand bruit à la rentrée 2019, alors qu'il s'était déjà glissé outre-Atlantique parmi les finalistes du Pullitzer ET du National Book Award, s'il vous plait! Alors, succès justifié? Oui, mille fois oui! Tommy Orange, disciple de Sherman Alexie, dépasse le maître et nous livre un roman extrêmement maîtrisé dans son rythme, sa construction et la finesse de son analyse. Ce sont pas moins de douze personnages dont les voix se juxtaposent, s'enchevêtrent au son des tambours. Douze personnages qui ont pour seul point commun d'être indiens, les fameux  native americans . Mais qu'est-ce que ça fait en 2019 d'être le descendant d'un peuple  massacré, déplacé, spolié? Est-ce que ça suffit à construire une ident...

Buveurs de vent de Franck Bouysse: le nouveau western

  😻😻😻😻😻 Roman - 400 pages Albin Michel - 2020 Après son cycle des quatre saisons, clôturé par un printemps vénéneux  et sublime, ainsi qu'un changement remarqué d'éditeur, Franck Bouysse est de retour avec un nouveau souffle, sans pour autant se trahir. Les buveurs de vent, ce sont Matthieu, Mabel, Marc et Luc, une fratrie que rien ne semble pouvoir désunir dans cet endroit qu'on appelle le Gour noir, où les hommes ont depuis longtemps oublié le sens du mot "espoir", tous résignés à se laisser prendre dans la grande toile d’araignée qu'a filé le terrible Joyce sur toute la vallée. Mais pour Mabel, enivrée par le souffle d'une nature qui la dépasse, les dépasse tous, ce simulacre de vie n'est pas suffisant. En refusant de se soumettre, Mabel fait renaître une lueur et amorce bien malgré elle un mouvement émancipateur dans toute la vallée... Avec Buveurs de vent, Franck Bouysse nous livre un western hexagonal halluciné dans un style qui, s'il n...

La soustraction des possibles de Joseph Incardona: bling bling genevois

😻😻😻 Roman - 400 pages Finitude - 2020  Voici un bien curieux objet que ce nouveau roman du suisse Joseph Incardona. La Suisse précisément, c’est là que ça se passe. Fin des années 80, les années pognon, celles, m’est avis, qu’ont bien fait basculer le monde dans un truc pas très net. Quoi qu’il en soit : Genève fin des années 80, c’est le refuge des golden boys, les vieux machins en coupés Mercédès, chemises ouvertes et gourmettes en or. Leurs femmes, choucroute Farrahfawcettée, alcoolisme mondain et solitude à hurler. Au milieu de tout ce beau monde il y a Aldo Blanchi. Aldo il est rien et moins que rien, avec son physique façon Agassi, il donne des cours de tennis à des rombières esseulées, mais comme il a de l’ambition Aldo, il fait aussi le gigolo, les portes ça s’ouvre pas tout seul. Evidemment un jour la belle Odile (dont le mari est banquier) finit par tomber amoureuse du bel hidalgo (même s’il est italien) et, obsédée par l’idé...

Le consentement de Vanessa Springora: la voix de l'enfance

😻😻😻😻😻 Récit - 216 pages Grasset - 2020 Il est difficile de parler du récit de Vanessa Springora plusieurs mois après sa sortie, tant il semble que tout a été dit à son sujet. Evidemment, ce livre est bouleversant dans son sujet. Et révoltant en fait. Bouleversant parce qu’il expose sans apitoiement, mais sans fard, et avec une précision chirurgicale, les mécanismes d’emprise qui peuvent pousser certains enfants à concéder des faveurs sexuelles à des adultes. Comment appréhender la notion de consentement, nous interroge l’auteure ? Quelle peut être la valeur du consentement arraché à une enfant de 13 ans par un homme de 50 ? Comment peut-on parler de gestes consentis lorsqu’ils ne sont que l’issue d’une mécanique d'isolement bien rodée par leur auteur, comme le piège d’un chasseur ? La question n’est pas simple, elle bouscule, comme elle a bousculé l’auteure qui aura mis des années à accepter l’idée qu’elle a été victime d’un h...