Accéder au contenu principal

Ici n'est plus ici de Tommy Orange: Orange is the new Peaux-Rouges

 


😻😻😻😻😻 - Coup de cœur

There There

Traduit de l'anglais (USA) par Stéphane Roques

Roman - 352 pages

Albin Michel - 2019



Premier roman de l'américain Tommy Orange, originaire d'Oakland, where we lay our scene, Ici n'est plus ici a fait grand bruit à la rentrée 2019, alors qu'il s'était déjà glissé outre-Atlantique parmi les finalistes du Pullitzer ET du National Book Award, s'il vous plait!

Alors, succès justifié? Oui, mille fois oui!

Tommy Orange, disciple de Sherman Alexie, dépasse le maître et nous livre un roman extrêmement maîtrisé dans son rythme, sa construction et la finesse de son analyse.

Ce sont pas moins de douze personnages dont les voix se juxtaposent, s'enchevêtrent au son des tambours.

Douze personnages qui ont pour seul point commun d'être indiens, les fameux native americans.

Mais qu'est-ce que ça fait en 2019 d'être le descendant d'un peuple massacré, déplacé, spolié? Est-ce que ça suffit à construire une identité? D'ailleurs, cet héritage peut-il toujours, après des dizaines et des dizaines d'années, construire une identité?

Voilà les questions que pose Tommy Orange.

There there... le titre est emprunté à Gertrud Stein, qui,  s'en retournant sur les lieux de son enfance au soir de sa vie, s'est désolée: "There is no there there".

Les endroits que l'on quitte, ceux auxquels ont repense "je suis d'ici, j'ai grandi ici, j'ai fait ça là", ne résistent pas à l'épreuve du temps. Un jour "ici" n'est plus qu'un souvenir sur lequel s'est construit une nouvelle réalité.

Ainsi les personnages de Tommy Orange ont en commun d'être sujets et témoins d'une culture et d'une histoire qui les dépassent la plupart du temps pour n'exister plus qu'au travers du récit collectif.

Tous ont ici leur propre vision de cette appartenance et aucun ne se satisfait de n'être défini que par celle-ci.

On est loin donc du manichéisme ambiant qui se borne à définir les personnes non par ce qu'elles sont intrinsèquement, mais par leur appartenance à telle ou telle communauté.

Le roman choral (car oui, ç'en est un) est toujours un exercice périlleux, souvent une facilité pour l'auteur destinée à éviter de creuser trop ses personnages.

Rien de cela ici, et rarement la forme n'aura autant servi le fond.

Dans Ici n'est plus ici, la voix de chaque personnage est figurée par une narration propre, un rythme, presque un chant particulier.

D'abord éparse, la narration, petit à petit, se raccourcit, s'accélère.

Les chapitres s'amenuisent, les voix se bousculent.

C'est les tambours qu'on entend, au loin et de plus en plus fort.

Les voix s'accrochent, se mêlent, légèrement dissonantes, les tambours martèlent un rythme toujours plus halluciné où percent les espoirs et les colères, où tout converge dans un grand pow wow infernal.

C'est magistral.

















Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La version qui n'intéresse personne de Emmanuelle PIERROT: chienne de vie.

  😻😻😻😻😻 Roman - 320 pages Le Quartanier - 2023 Un premier roman coup de poing, brut, animal et totalement addictif. Le récit se focalise sur une petite communauté de punks marginaux, autoproclamés libre-penseurs, qui pourtant cache un conformisme à la papa des plus répugnants. Dans la seconde partie du roman, la focale s'élargit et l'autrice dépeint à la perfection cette capacité proprement humaine à se changer en meute et attaquer les plus fragiles pour servir d'exutoire aux peurs et angoisses individuelles et collectives.  Briser à celui qui est le plus facile à atteindre pour se rassurer quant à sa propre médiocrité. En situant son récit en pleine pandémie, Emmanuelle PIERROT réussit à démontrer l'universalité de cette pulsion aveugle et destructrice qui fait s'acharner les êtres humains à trouver des boucs émissaires, exacerbée par notre dépendance aux réseaux sociaux, qu'il s'agisse d'une petite communauté de punks à chiens ou de la planète ent...

Bondrée de Andrée A. Michaud: dans la brume électrique...

😻😻😻😻😻 - Coup de Coeur Roman Rivages 2016 - 330 pages Rivages Noir 2017 - 330 pages Prix des lecteurs Quais du polar 2017 Résumé Bondrée est un territoire où les ombres résistent aux lumières les plus crues, une enclave dont l'abondante végétation conserve le souvenir des forêts intouchées qui couvraient le continent nord-américain il y a de cela trois ou quatre siècles. Été 1967, l'humain a déforesté les contours de Bondary Pound, petit lac entouré d'une forêt dense à la frontière du Maine et du Québec, pour y installer des chalets peuplés d'hétéro-beaufs aux plates-bandes bien arrangées comme leurs idées, lesquelles sont constantes depuis l'arrivée du premier hiver sur terre. Mais cet été là, celui du summer of love, les ados chantent Lucy in the sky with diamonds, et un monde s'écroule lorsque la déjà sulfureuse Zaza Mulligan est retrouvée morte, vidée de son sang, la jambe lacérée par un piège à ours. Ce drame est inexplicable...

Ordinary people de Diana Evans: s'aimer comme on se quitte.

😻😻😻😻 Ordinary people Traduit de l'anglais (RU) par Karine Guerre Roman - 378 pages Globe - 2019 " Comment passait-on de ceci à cela? Comment passait-on de "j'aimerais poser ma bouche sur ton menton pubien" à "PQ STP" sans bisou final? Qu'était-il arrivé à Angelina, à Desdemone? Comment tout cet amour pouvait-il disparaître ?" Voilà, en quelques mots, posé le sujet de ce roman qui rappelle à quel point la littérature, lorsqu'elle est mise en oeuvre avec suffisamment de grâce, peut décrire le réel avec une acuité stupéfiante. Ordinary people , le titre, déjà nous dit tout. Il est tiré de la chanson éponyme de John Legend, figurant sur l'album Get lifted dont il sera question tout au long du roman. Get lifted est un album dont chaque chanson est le chapitre d'une histoire, celle d'un homme qui aime les femmes, jusqu'au jour où il rencontre LA femme. Cette histoire-là, c'est aussi celle...