Accéder au contenu principal

Articles

Le grand effondrement de Sébastien Le Jean: I will survive.

  😻😻😻😻😻 Roman (polar) - 408 pages Liana Levi - 2021 Il faut que je reprenne mes esprits, j'avais pas eu la trouille comme ça depuis "3615 code père-noël" en 90... (Ca va... j'étais petite et le gars tue un chien avec une pelle tarte... une.pelle.à.tarte) Je m'égare, mais il est vrai que j'ai retenu mon souffle plus que de raison en lisant ce premier roman très noir, et très réussi, de Sébastien Le Jean (lequel est quant à lui tout à fait charmant, pour l'avoir rencontré à l'occasion du festival Quais du polar). Mais chaton, quel est donc l'objet de toute cette angoisse vous demandez-vous ? Un mot: survivalisme. (Je renchéris de trois mots: fin du monde) Le roman débute en région parisienne avec le cadavre d'un riche industriel, géant de l'automobile, retrouvé littéralement 6 pieds sous terre dans ce qu'on apprend être un genre de bunker anti-fin-du-monde pour milliardaires prévoyants. A Lyon parallèlement, un pêcheur sort d'un ...

Le ladies Football Club de Stefano Massini: GOAL!

  😻😻😻😻😻 Ladies Football Club Traduit de l'italien par Nathalie Bauer Roman - 179 pages GLOBE - 2021 Sheffield, 12 avril 1917, y'a plus d'homme, pas encore de singes de l'arctique, mais 11 ouvrières de la Doyle and Walker Munitions, alignées sur un muret. Au milieu de la cour, triste et vide, gît un prototype de la toute nouvelle bombe  sphérique BOMB 4. C'est la pause déjeuner, et les femmes s'ennuient ferme quand Violet Chapman saute de son perchoir, et tape dans la balle. Portée par l'ennui, les ouvrières se découvrent une passion pour ce sport que plus aucun homme n'est en mesure de leur interdire. Très librement inspiré du véritable British Ladies' Football Club, datant de la fin XIXème, et de l'expérience des ouvrières anglaises durant la première guerre mondiale, le Ladies Football Club de Stefano Massini est un véritable délice. Alors, je ne vous cache pas que lorsque mon libraire m'a annoncé "un roman ne vers libre", j...

Florida de Olivier Bourdeaut: les corps maudits

  😻😻😻 Roman - 256 pages Finitudes - 2021 Douloureux. C'est le premier mot qui me vient à l'esprit en refermant ce troisième roman de Olivier Bourdeaut. Si son En attendant Bojangles  nous emportait dans un tourbillon de fol émerveillement, ici c'est la douleur qui nous fait perdre la tête. L'histoire c'est celle de Elizabeth Vernn. Pour son septième anniversaire sa mère, plutôt que de lui préparer un gâteau au yaourt, décide de l'inscrire à un concours de mini miss...  Pas de chance pour Elizabeth, elle gagne et sa mère perd la boule.  S'ensuivent 5 années d'une spirale odieuse de maltraitances diverses qu'on souhaiterait pas à un animal. D'ailleurs, comme le dit Elizabeth, au contraire des salles des fêtes pourries des concours de "beauté", il y' a toujours des gens pour protester devant les cirques, de quoi envier les sort des otaries. Et puis un jour, Elizabeth décide de pisser (littéralement) sur ce bien triste spectacle. C...

Heurs et Malheurs du sous-majordome Minor de Patrick DeWitt : candeur et décadences.

  😻😻😻😻😻 Undermajordomo Minor Traduit de l'anglais (CANADA) par Emmanuelle et Philippe ARONSON Roman - 400 pages ACTES SUD  - 2017 BABEL - 2020 Après le formidable, que dis-je l'excellent "Les frères Sisters" (chez Actes Sud, déjà), le canadien Patrick DeWitt récidive avec ce petit bijou de fantaisie, une extravagance gothique comme on aimerait en lire plus souvent. L'histoire, on sait pas trop où elle se passe, mais ça ressemble pas mal aux Carpates quand même, si tu veux mon avis. Lucien, Lucy pour les intimes, Minor, c'est une peu l'idiot de son village. Il est gentil, mais tout le monde s'en fout, sa mère la première, alors que Lucy est promis à un avenir radieux, il le sait bien. D'ailleurs il s'est acheté une pipe, ça fait chic, mais tous ces ploucs ne savent pas l'apprécier. A leur décharge, faut dire que Lucy a une fâcheuse tendance à raconter n'importe quoi, un peu tout le temps... Bref, une nuit que Lucy passe à lutter con...

L'autre Rimbaud de David Le Bailly: rien de beau

  😻😻 Roman - 384 pages L'iconoclaste - 2020 Dans les quelques premières pages de son livre, David Le Bailly écrit: " Il faut se méfier des livres que les autres ont échoué à écrire " Dommage qu'il n'ait pas tiré les leçons de sa propre prophétie (surtout quand "les autres" sont des types comme Pierre Michon...) A un moment, il faut arrêter de se mentir: si personne, aucun biographe, n'a parlé de Frédéric Rimbaud, le frère oublié d'Arthur, c'est peut-être parce qu'il n'y a rien à en dire... En tous cas rien qui vaille 384 pages. Je m'attendais à un parcours, à une vie écrasée par l'ombre du frère, on parlait de "vie sacrifiée sur l'autel de la gloire d'Arthur"... mais en vérité il n'y a rien de tout ça. L'histoire de ce frère est d'un banal à pleurer: un père absent, une mère autoritaire, un fils prodigue (celui qui part loin), un autre mal aimé (celui qui reste), ajoutez à ça une mésalliance all...

Ici n'est plus ici de Tommy Orange: Orange is the new Peaux-Rouges

  😻😻😻😻😻 - Coup de cœur There There Traduit de l'anglais (USA) par Stéphane Roques Roman - 352 pages Albin Michel - 2019 Premier roman de l'américain Tommy Orange, originaire d'Oakland, where we lay our scene , Ici n'est plus ici a fait grand bruit à la rentrée 2019, alors qu'il s'était déjà glissé outre-Atlantique parmi les finalistes du Pullitzer ET du National Book Award, s'il vous plait! Alors, succès justifié? Oui, mille fois oui! Tommy Orange, disciple de Sherman Alexie, dépasse le maître et nous livre un roman extrêmement maîtrisé dans son rythme, sa construction et la finesse de son analyse. Ce sont pas moins de douze personnages dont les voix se juxtaposent, s'enchevêtrent au son des tambours. Douze personnages qui ont pour seul point commun d'être indiens, les fameux  native americans . Mais qu'est-ce que ça fait en 2019 d'être le descendant d'un peuple  massacré, déplacé, spolié? Est-ce que ça suffit à construire une ident...

Buveurs de vent de Franck Bouysse: le nouveau western

  😻😻😻😻😻 Roman - 400 pages Albin Michel - 2020 Après son cycle des quatre saisons, clôturé par un printemps vénéneux  et sublime, ainsi qu'un changement remarqué d'éditeur, Franck Bouysse est de retour avec un nouveau souffle, sans pour autant se trahir. Les buveurs de vent, ce sont Matthieu, Mabel, Marc et Luc, une fratrie que rien ne semble pouvoir désunir dans cet endroit qu'on appelle le Gour noir, où les hommes ont depuis longtemps oublié le sens du mot "espoir", tous résignés à se laisser prendre dans la grande toile d’araignée qu'a filé le terrible Joyce sur toute la vallée. Mais pour Mabel, enivrée par le souffle d'une nature qui la dépasse, les dépasse tous, ce simulacre de vie n'est pas suffisant. En refusant de se soumettre, Mabel fait renaître une lueur et amorce bien malgré elle un mouvement émancipateur dans toute la vallée... Avec Buveurs de vent, Franck Bouysse nous livre un western hexagonal halluciné dans un style qui, s'il n...