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Articles

Taqawan de Eric Plamondon: terreurs autochtones.

😻😻😻😻😻 (Québec) Roman - 208 pages Quidam Éditeur 2017 Le livre de poche 2019 Voilà un objet de littérature comme on n'en avait pas vu depuis longtemps (juste le graphisme du livre est déjà sublime), et que c'est réjouissant! Taqawan est inclassable: en mêlant roman noir, recueil de poésie, roman initiatique, récit historique, contes mystiques et ancestraux et même livre de cuisine (oui, oui, parfaitement), Éric Plamondon  créé un ouvrage hybride qu'on n'a surtout pas envie de ranger dans une case. Ce dont on est sûr en en revanche, c'est de la beauté de la langue et de la pertinence, parfois brutale, du propos. Parce de brutalité, l'histoire n'en manque pas, et malheureusement, elle n'a rien d'imaginaire. Éric Plamondon revient ainsi, en entrelaçant le récit historique et une fiction subtile, terrifiante et particulièrement bien menée, sur ce qu'on a appelé la "guerre du saumon". 11 juin 1981,...

La transparence selon Irina de Benjamin Fogel: le futur à l'envers.

😻😻😻😻😻 Roman - 272 pages Rivages Noir 2019 Paris, 2058. Le monde a joué à pile ou face, et désormais, la vie se déroule sur le Réseau, émanation de l'internet actuel dont se sont emparé (et l'idée déjà est intéressante quand t'y réfléchis) les gouvernements de la plupart des pays du monde (le tiers monde reste à la masse, c'est intéressant aussi quand t'y réfléchis) avec un seul mot d'ordre, supposé mettre fins aux maux de la société telle qu'on la connait: la transparence. Transparence... Déjà, on comprend qu'en terme d'anticipation, on est plus dans une extrapolation du réel que dans la vision d'un univers parallèle, ce qui donne au demeurant tout son piquant à l'objet. En bref, l'idée c'est que désormais, toutes les informations portant sur chaque individu (état civil, emploi, compte bancaire, santé, activités, mode de consommation etc...) sont publiées, et accessibles sur le Réseau. Chacun d...

L'empreinte de Alexandria Marzano-Lesnevich: de profundis

😻😻😻😻 The fact of a body, a murder and a memoir (2018) Récit Traduit de l'anglais (USA) par Héloïse Esquié Sonatine 2019 - 480 pages Je ne pense pas avoir jamais ressenti autant de soulagement à refermer un livre. Sérieusement, il FALLAIT que ça s'arrête... Je ne suis pas particulièrement sensible, enfin, disons pas particulièrement retorse aux lectures intenses, mais je dois dire que la lecture de ce livre s'est avérée très éprouvante. Dans ce récit mêlant autobiographie et nouveau journalisme, Alexandria Marzano-Lesnevich raconte comment nos convictions les plus profondes peuvent vaciller en un instant. Cet instant, pour cette fervente opposante à la peine de mort, c'est celui où, alors stagiaire dans un cabinet d'avocats spécialisé dans les dossiers où la peine de mort est encourue, elle assiste aux aveux filmés de Ricky Langley. C'est que Ricky Langley, en février 1992, a tué le petit Jeremy Guillory, 6 ans. Mais sur...

Eureka Street de Robert McLiam Wilson: Belfast and furious

😻😻😻😻😻 - Coup de coeur Traduit de l'anglais (Irlande) par Brice Matthieussent Roman -1996 Christian Bourgeois 1997 - 545 pages 10/18 1999 - 546 pages Alors là, ALORS LA!  Honnêtement, j'avais pas été soufflée à ce point depuis la page 113 du Sukkwan Island de David Vann (ceux qui savent savent). Et c'est pour ça là, quand un auteur parvient à une maîtrise parfaite de la construction de son roman, quand la forme et le fond se percutent et éclatent en pleine face du lecteur, c'est pour ça qu'on lit, c'est là qu'on se rappelle, grâce à des types comme Robert McLiam Wilson, pourquoi la littérature est indispensable, comment elle créé l'empathie et pourquoi on en redemande. Je m'emballe un peu, mais en fait non, et j'aimerais vous expliquer comment, en un chapitre, Robert McLiam Wilson rompt son récit, et comment cette rupture, en entrant en résonance avec le fond, parvient à faire VIVRE le récit par le lecteur. Mais je peu...

Hôtel du grand cerf de Franz Bartelt: intrigue à la belge.

😻😻😻😻😻  - Coup de cœur Roman (policier) Seuil 2017 - 352 pages Points 2018 - 360 pages Mais quel BONHEUR! A l'instar du Mamie Luger  de Benoît Philippon, voici un roman comme on aimerait en lire plus souvent. Imaginez-vous un croisement entre Hercule Poirot et la capitaine Marleau (certains diront une pointe de Berurier): voici le très encombrant (dans tous les sens du terme) inspecteur Vertigo Kulbertus!  A 15 petits jours d'une retraite peu méritée selon lui, notre brave inspecteur Vertigo Kulbertus se retrouve à enquêter sur un meurtre et une disparition, dans le village de Reugny, à la frontière franco-belge. Ce village a connu son heure de gloire lorsqu'on y a retrouvé, dans les années 60, une célèbre actrice morte dans sa baignoire, sur laquelle enquête par ailleurs un jeune journaliste envoyé directement de Paris. Kulbertus, entre deux pintes, sans mousse la pinte, va mener la vie rude aux habitants du village afin d'éclair...

Né d'aucune femme de Franck Bouysse: un printemps vénéneux

😻😻😻😻😻 - Coup de cœur Roman La manufacture de livres 2018 - 336 pages  Je l'attendais fébrilement, avec un mélange d'impatience et de tristesse, parce que voilà, ça y est, après Grossir le ciel,  Plateau   et  Glaise ,  Franck Bouysse clôture son cycle des quatre saisons en apothéose avec un printemps vénéneux. Les mots me manquent (ce qui n'est pas si courant), et je crains de me répéter, mais Bouysse est sans conteste l'un des auteurs français contemporains les plus talentueux. Né d'aucune femme. Le titre, juste le titre, est déjà une oeuvre littéraire.  Il annonce tout: la recherche d'identité, dans toutes ses formes,  la poésie, et puis la tragédie. Tout cela, c'est Gabriel, curé de campagne, qui va le découvrir lorsqu'un jour, une femme en confession lui fait savoir qu'il va être appelé pour bénir un corps à l'asile de femmes du village. Sous les jupons de la défunte, lui dit-elle, il trouvera des carnets...

Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu: les humeurs adolescentes

😻😻😻 Roman Actes Sud - 2018 Mise en garde contextuelle: avant d'exposer mon avis, il me faut préciser qu'à titre très très personnel, je trouve qu'il n'y a pas plus chiant qu'un adolescent et que, globalement, leur avis, trompé d'hormones incontrôlables, sur le monde est largement dispensable (ne me jetez pas de cailloux, je sais que c'est pas leur faute, et surtout, que ça passe). Tout ça pour dire, la 4ème de couverture de ce roman m'avait laissée de marbre dans le flot de sorties de la rentrée littéraire 2018. Ceci étant dit, après les bons, voire très bons, retours de certains de mes bons, voire très bons amis, et suite au couronnement du roman par l'Académie Goncourt, j'ai acheté le livre, advienne que pourra. Après avoir laissé pourrir l'objet des semaines durant au bas d'une pile, et la période de vacances facilitant l'ouverture des esprits, j'ai finalement entamé la lecture de ce deuxième roman ...